vendredi 11 novembre 2016

Partage de documents : photos de Claudine Hénaff

Claudine Hénaff est domestique à Nantes, chez Pierre Baguenier Desormeaux et sa femme Edith Monfort, qui habitent alors 9 rue Gresset, en compagnie de leurs deux jeunes enfants.

On atteste sa présence dans le recensement de 1911 :

Archives municipales de Nantes - recensement - 1911 - cote 1F 197 - canton 5 - page 125/322
Ce recensement indique sa date de naissance (1889), mais je ne parviens pas à déchiffrer la ville où elle est née, dont le nom commence par un N comme le "Nantes" indiqué ligne inférieure.

D'après les dates des photographies ci-dessous, on constate que Claudine passe la première guerre mondiale à Nantes.

Claudine en 1912, avec les deux premiers enfants de la famille


Claudine en 1914

Claudine en 1915
Cette jeune femme a dû être très appréciée de ses employeurs, qui la prennent en photo et la placent dans leur album de famille. Ce ne sera pas la seule domestique de cette famille, mais c'est la seule dont je constate un tel souvenir.

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Source :

collection personnelle

mercredi 12 octobre 2016

lundi 26 septembre 2016

Un code secret à décrypter

Hier soir, Frédérique nous a proposé sur Twitter #généalogie une énigme : comprendre ce que le prêtre avait bien pu écrire sur le registre de baptêmes qu'elle consultait, dans le bas de cette page :

Archives de l'Allier - GG 16 - GANNAT B - page 80/309

Je me suis prise au jeu, c'est vraiment amusant, et j'ai commencé à décrypter. Le premier mot ressemblait bien à "aujourdhuy", même si en regardant l'acte qui précède j'ai eu un doute (il commence par "ce jourdhuy"). Finalement c'était bien "aujourdhuy", ce qui donnait déjà pas mal de lettres. 

Pour aider au décodage, j'ai utilisé les notions suivantes : 
- le E est la lettre la plus utilisée de la langue française, il correspondait donc au "z" très utilisé dans le texte
- le son "i" représente souvent à la fois les lettres I, J et Y, comme le dit Indiana Jones dans "la Dernière Croisade"
- les doubles lettres peuvent être RR, SS, NN, LL

J'ai proposé le décryptage suivant :



Sophie a traduit aussi de son côté, ajoutant la règle à laquelle je ne pensais plus : U = V, comme chez les latins.

Elle n'a pas hésité aussi à différencier deux graphies que je pensais identiques et parfois mal tracées :

 Ce code est est un L





Celui-là représente le T 




Au final, on peut établir cette grille de transcription :

Ce qui permet au final d'aboutir au texte suivant :

Auiourdhuy II ème jeun 1617 sept
trouvé monsieur Lestu mored de
dans son puis et a esté
enterré le 14 eme jour faict
le dict jour et an quedesus

DLUARRUOT I

Remarquez que pour compliquer les choses, le sens de lecture de la signature est inversé. 

Le texte n'est pas parfait ("mored" au lieu de "mort" par exemple) mais on sent que la traduction des symboles n'est pas simple, car il y a des ratures, comme ce E (= z) retransformé en A (= I) :


Je ne comprends pas bien le sens de "sept" à la première ligne, non plus, à moins qu'il ne faille comprendre "s'est" (il s'est trouvé mort dans son puits).


Pour quelle raison ce code pour un enterrement, et pourquoi le transcrire dans le registre des baptêmes ?

La seule raison qui me vienne à l'esprit est qu'à l'époque il est absolument impensable d'inhumer dans le cimetière un certain type de personne : les suicidés. On a dû savoir que ce pauvre homme s'était de lui-même jeté dans son puits par désespoir, et donc se trouver devant l'impossibilité de l'inhumer normalement.

Le souci a dû perdurer un moment, car Monsieur Lestu est retrouvé le 2 juin, et enterré seulement le 14.

Je pense que le prêtre a eu bon coeur, et finalement accepté d'enterrer son paroissien. Cependant, pour ne pas avoir de soucis, il aura maquillé l'acte, d'une part en ne l'inscrivant pas dans le bon registre, d'autre part en le codant. 

L'inhumation s'est peut-être faite de nuit, probablement avec le moins de témoins possible, en tout cas l'acte n'est pas contresigné par des témoins comme c'est l'habitude. En parcourant le même registre, on constate que beaucoup de gens savent signer, donc lire et écrire, et peut-être que le prêtre n'aura pas voulu que même ses paroissiens soient au courant en ayant le regard qui traine lorsqu'ils auraient eu à signer un acte sur la page d'à côté.

D'autre part, personne ne pouvait se rendre compte de cette rédaction anormale, puisqu'à l'époque il n'y avait pas obligation de tenir les registres en double exemplaires (qui sont comparés et paraphés en fin d'année). Cette obligation viendra 50 ans plus tard, en 1667.

D'après le code, ce prêtre s'appelle I. Tourrauld ou plutôt J. Tourrauld : sa signature habituelle, que l'on pourrait lire de prime abord "Fourrauld", dévoile en fait une initiale faite d'un entrecroisement de J et de T.


Personnellement, je me suis vraiment amusée avec cette énigme ! Merci de nous l'avoir proposée !